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La pluie et le (trop) beau temps

Il n’aura échappé à personne que 2018 est en passe de devenir l’année de nouveaux (tristes) records en matière climatique. Des feux de forêts en Scandinavie aux incendies en Californie, en passant par les trente-deux degrés enregistrés au-delà du cercle polaire en juillet, le réchauffement climatique causé en grande partie par l’activité humaine est une nouvelle fois sur le banc des accusés… avec son lot de conséquences financières.

L’actualité météorologique s’est même invitée à la saison des résultats trimestriels. La chaleur estivale et les températures anormalement élevées de l’automne ont touché de nombreuses entreprises, de multiples secteurs. Une pluie de profit warnings « météorologiques »  s’est abattue sur les marchés financiers, qui n’en avaient pas besoin en cette période de correction boursière.

Le leader européen de la vente de vêtements en ligne, ZALANDO, a émis un avertissement sur ses résultats du troisième trimestre : la chaleur de septembre a enrayé le démarrage de la saison automne/hiver, amputant la croissance du troisième trimestre d’une bonne dizaine de pourcent. Même son de cloche chez CECONOMY, distributeur allemand de produits électroniques, qui met sur le compte de la météo la moindre fréquentation de ses magasins, ou encore chez le néerlandais WESSANEN, dont l’activité Thé & Café a pâti d’une moindre consommation de boissons chaudes… Sans compter STORA ENSO, fabricant de pâte à papier et d’emballages qui avait déjà annoncé en juillet s’attendre à un renchérissement du prix de ses matières premières en raison des incendies en Scandinavie ou encore SVENSKA CELLULOSA dont une partie des forêts est partie en fumée l’été dernier.

Hasard du calendrier, la sortie du rapport du GIEC[1] début octobre a donné une dimension « macro » à ces nombreux incidents « micro ». Ce rapport, maintes fois commenté, est sans équivoque : il y a urgence. Une action rapide, coordonnée et sans précédent est nécessaire si nous voulons contenir le réchauffement climatique à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle.

La situation est grave mais cet alarmisme ne doit pas se muer en immobilisme. Avec la répétition de ces événements, le danger qui nous guette est celui de la banalisation, que nous finissions par en parler comme de la pluie et du beau temps. Et après tout 1,5 ou 2 degrés de réchauffement, est-ce si important ? A l’aide de quelques exemples, ce rapport démontre que chaque dixième de degré compte : « La probabilité que l’océan arctique soit libre de glace en été serait d’une fois par siècle si le réchauffement est limité à 1,5°C, mais d’au moins une fois tous les dix ans s’il est limité à 2°C », avec les conséquences que cela pourrait avoir sur la montée des eaux… Malheureusement, un rapport de l’ONU publié fin novembre révèle que les émissions de CO₂ sont reparties à la hausse après 3 années de stabilité et que nous sommes sur une trajectoire à +3°C plutôt que 1,5….

 

Des solutions existent

Si certaines entreprises sont la cause du problème, d’autres font partie de la solution et seront bénéficiaires de tout effort visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Citons à titre d’exemple SVENSKA CELLULOSA, dont les forêts constituent de formidables outils naturels de captage de CO₂, le producteur français d’énergies renouvelables NEOEN ou encore le danois NOVOZYMES dont les enzymes permettent chaque année d’éviter l’équivalent des émissions de CO₂ du parc automobile français.

Rien ne remplace pourtant la sobriété en matière de carbone, qui permettra aux entreprises d’être moins exposées au risque de transition. Les tristes événements de ces derniers mois ont eu le mérite de rappeler que les entreprises sont aussi exposées à des risques physiques liés au changement climatique (pas seulement à des risques de transition) et que ceux-ci ont, la plupart du temps, des conséquences financières. Qui a dit que les sujets environnementaux étaient « extra-financiers » ?

[1] Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat