Olivier de Berranger

MACROSCOPE : l'édition du 6 juillet

En équilibre 

En astrophysique, on appelle « point de Lagrange » la position exacte de l’espace où les champs de gravité de deux corps célestes, l’un en orbite autour de l’autre, sont de force identique. Autrement dit, c’est un point de l’espace où des corps, des objets célestes, peuvent demeurer en équilibre durable. La situation actuelle des marchés ressemble à cette particularité astrophysique. Depuis deux semaines, ils évoluent au gré d’une alternance de séances haussières et baissières, dans un canal horizontal, dans lequel des forces contraires les maintiennent à court et à moyen terme.

A court terme, les investisseurs sont partagés entre l’optimisme suscité par les dernières publications économiques et la crainte d’une reprise forte de la pandémie, notamment aux Etats-Unis. L’ISM Manufacturier, qui a bondi de 43,1 à 52,6, le PMI Services chinois, passé de 55,0 à 58,4 alors qu’il était attendu en baisse, ou encore la robustesse du rapport sur l’emploi américain, avec des créations d’emplois nettement supérieures aux attentes et un taux de chômage en baisse… sont autant de données encourageantes, qui s’ajoutent aux bons chiffres de PMI européens publiés la semaine précédente et qui alimentent l’espoir d’une reprise en V.

Parallèlement toutefois, la situation sanitaire inquiète. De nombreux pays émergents, comme l’Inde, le Brésil et le Mexique, peinent à endiguer la pandémie, et les cas repartent à la hausse dans des pays jusque-là peu touchés comme le Japon ou l’Australie. Mais c’est surtout la situation américaine qui cristallise les attentions. Avec 53 000 nouvelles contaminations, un nouveau record a été atteint jeudi dernier et les hospitalisations augmentent dans des foyers majeurs comme Houston ou Phoenix. D’après Anthony Fauci, médecin en charge de la cellule de crise à la Maison Blanche, la pandémie est de nouveau « hors de contrôle » aux Etats-Unis. Cela conduit certains Etats à suspendre le déconfinement. Après le Texas, la Californie vient d’annoncer une nouvelle fermeture des bars, restaurants et cinémas. Le spectre d’un re-confinement plus massif plane sur les Etats du sud du pays, notamment la Floride et l’Arizona où les chiffres sont particulièrement inquiétants.

Sur un horizon plus lointain, on retrouve la même dualité entre perspectives encourageantes et crainte de nouvelles difficultés. Sur le front de l’espoir, on notera la validation du projet de plan de relance européen, qui pourrait intervenir dès le sommet des 17 et 18 juillet, un second plan de relance aux Etats-Unis de 1000 milliards de dollars espéré d’ici la fin du mois, ou encore les avancées récentes des recherches sur un vaccin contre la Covid-19, avec des résultats positifs obtenus par Pfizer et BioNTech lors de leurs premiers essais sur l’homme.

Au rayon des craintes, la politique et la géopolitique dominent. Les présidentielles américaines généreront certainement de la volatilité, due notamment à la perspective de hausse de la fiscalité en cas d’élection de Joe Biden. Le retour des tensions sino-américaines n’est pas non plus à exclure, et l’application autoritaire de la loi de sécurité décidée par la Chine à l’égard de Hong-Kong pourrait servir de prétexte à de nouvelles rivalités. Enfin, le dernier trimestre pourrait voir se matérialiser les stigmates durables de la crise, entre faillites d’entreprises et plans de licenciements que le soutien des Etats ne saurait totalement éviter.

Tant que les forces gravitationnelles de ces différents éléments s’équilibreront, il y a fort à parier que les marchés continueront à faire du surplace. L’expérience nous enseigne néanmoins que rares sont les étés calmes sur les marchés. Reste à savoir de quel côté penchera la balance.

Telex

♦  Déprime japonaise. L’enquête trimestrielle TANKAN, qui mesure la confiance des entreprises japonaises, a livré des résultats moroses. Tous les indices de confiance se dégradent, pour le secteur industriel comme pour celui des services, pour les grandes entreprises comme pour les PME, ce qui est logique au regard de la crise actuelle. En revanche, on observe une dichotomie plus inquiétante concernant les perspectives, avec de grandes entreprises plutôt optimistes pour le trimestre à venir, et des PME, en particulier dans le secteur non-manufacturier, dont les perspectives se dégradent pour les trois prochains mois.

Toutes les options sont sur la table. A défaut d’apporter des éléments réellement nouveaux, les minutes du dernier comité du FOMC de la Réserve fédérale américaine attestent que la banque centrale se tient prête à utiliser tous les outils à sa disposition pour préciser sa politique monétaire sur le long terme. Si tout n’est pas encore tranché, il semble acté que la « forward guidance », autrement dit l’objectif central de la Fed et la stratégie pour y parvenir, devrait changer prochainement. Le scénario d’un contrôle de la courbe des taux n’est toujours pas central, sans être écarté à ce stade.

Un peu de rab. Les résultats définitifs des enquêtes PMI pour le mois de juin en zone euro ont conduit à des révisions à la hausse des premières estimations, autant pour l’activité manufacturière (47,4 contre 46,9) que pour celle des services (48,3 contre 47,3). L’indice composite, lui aussi logiquement revu en hausse, flirte, à 48,5, avec le seuil d’expansion de l’activité. Si ce chiffre illustre un regain de vigueur de l’économie, il atteste également du caractère très progressif de la reprise et de la faiblesse persistante de la demande.

 

 

Le picking de la semaine

Mesure de la qualité de l’air : changement d’échelle pour EVEA. 

L’actu. La société française de mesure de la qualité d’air ENVEA vient d’annoncer son rachat par le groupe de capital-investissement américain Carlyle qui devient acquéreur de 55,8% du capital de la société. La prime d’achat est de 7% ײseulement ײ sur le dernier cours de l’action mais cette sortie se réalise aux quasi plus hauts historiques, après une hausse de plus de 50% ces derniers mois.

Notre analyse. Fondée par François Gourdon en 1978, ENVEA est spécialisée dans le développement de solutions clé en main pour la surveillance de la qualité de l’air ambiant et des émissions. Depuis l’acquisition d’Altech aux Etats-Unis en 1997, le groupe français s’est développé à l’international et s’est imposé comme un acteur de référence. Il a renforcé notamment son activité en Asie (44,2% du chiffre d’affaires de 2019) et plus récemment en Afrique/Moyen orient (+21,1% comparé à 2018). Ainsi, en 2019, son chiffre d’affaires a-t-il dépassé 100 millions d’euros et sa rentabilité s’est renforcée avec une marge EBITDA de près de 15%.

Le rachat du leader européen par Carlyle devrait lui permettre de franchir une nouvelle étape de développement grâce aux équipes reconnues et au réseau mondial de son nouvel actionnaire. Le fonds d’investissement américain, spécialisé dans les secteurs de la technologie, des médias et des télécommunications, devrait faire grandir ENVEA par des opérations de croissance externe. Toutefois, l’organisation actuelle est maintenue et restera dirigée par l’équipe managériale en place.

Conclusion. La transaction, proposée à 110 euros par titre, s’effectue à un cours qui tutoie les plus hauts depuis son introduction en Bourse de 2006 avec une valorisation raisonnable de 1,5 fois le chiffre d’affaires et 10 fois l’EBITDA de 2019.

Auteurs : Olivier de Berranger, CIO ; Enguerrand Artaz Fund Manager

Article achevé de rédiger le 06/07/2020.
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