Olivier de Berranger

MACROSCOPE : l'édition du 26 octobre

Hollywood à Washington

Avec les confinements partiels ou les couvre-feux qui s’étendent en Europe, le cinéma devient un loisir rare. Heureusement, les partis politiques américains ont pris le relais pour animer nos soirées en écrivant un des scénarios qui aura connu le plus de rebondissements ces dernières semaines : celui du cinquième plan de soutien américain. Annoncé comme imminent dès le début de l’été, il tarde toujours à être voté ! Nous sommes pourtant à huit jours seulement de l’élection présidentielle mondiale – pardon, américaine. Les rôles ont été habilement distribués : dans le rôle des sauveurs, les Démocrates veulent un plan de soutien massif dépassant 2 000 milliards de dollars. Dans le rôle des prudents, ou des fossoyeurs (c’est selon), les Républicains bloquent à quelques centaines de millions de moins. Autant dire rien du tout, au regard de tout ce qui a été dépensé jusqu’ici. Mais ce rien du tout est hautement symbolique. Enfin, dans le rôle de l’électron libre, Donald Trump envoie des signaux contradictoires, pour ranimer périodiquement la tension dramatique, quand le pot de pop-corn est vide. Chaque jour, de nouveaux ultimatums sont posés, puis dépassés. Chaque jour, un rapprochement imminent n’est jamais conclu.

Mais qui aurait politiquement intérêt aujourd’hui à conclure un accord ? Les Démocrates ne veulent certes pas passer pour des saboteurs, mais ils ont objectivement peu intérêt à conclure un accord dont Trump pourrait se prévaloir. Au contraire, ils ont plutôt intérêt à laisser croire que seule leur élection pourrait déboucher sur un gigantesque stimulus. Les Républicains, de leur côté, n’ont pas forcément intérêt à partager un accord avec les Démocrates, qui mettraient en avant le fait que ce sont eux qui ont relevé le niveau de soutien initialement consenti par les Républicains. Quant à Trump, on ne sait ce qu’il a intérêt à faire, tant il semble s’enfoncer lui-même dans les sables mouvants de sa politique. Biden, lui, adopte la stratégie du serpent : il se faufile entre les pièges tendus par son adversaire sans donner de prise, et attend que Trump lasse. L’intérêt économique des Américains passe semble-t-il loin derrière les intérêts scénaristiques, que l’on appelle aussi politiques.

Rien d’étonnant à ce que le marché patine. C’est le prix à payer pour des rebondissements haletants. Pourtant, toutes les nouvelles sont loin d’être négatives, surtout aux Etats-Unis. Ainsi la saison des publications de résultats du troisième trimestre a-t-elle bien commencé. Une majorité de sociétés a battu le consensus, qui d’ailleurs est devenu plus optimiste ces dernières semaines sur un horizon d’un an. De même, le nombre de demandes d’allocations hebdomadaires au chômage a surpris à la baisse. Et l’immobilier, fort pourvoyeur d’emplois, est au beau fixe. Logiquement, on assiste à une remontée des attentes d’inflation, signe de l’espoir d’un retour à meilleure fortune.

L’Europe se redresse moins nettement, il est vrai. La seconde vague épidémique bouche l’horizon. Mais les résultats de sociétés sont corrects dans l’ensemble, relativement aux attentes. Et la banque centrale pratique toujours une politique monétaire ultra accommodante, qui pourrait être encore revue à la hausse la semaine prochaine. Les marchés restent donc finalement assez peu agités au regard de l’inquiétude que pourrait soulever la seconde vague.

Dans 8 jours, la série politique américaine connaîtra la fin d’un épisode crucial. D’ici-là, le fameux plan de relance sera peut-être voté, mais la série ne sera pas terminée. Tout d’abord, des rebondissements sont possibles avant qu’un vainqueur soit proclamé. En outre, il pourrait y avoir besoin d’autres plans de soutien, d’autant qu’une troisième vague épidémique se dessine outre-Atlantique. Washington, malgré son peu de sympathie actuel pour la Californie, n’a donc pas fini de ressembler aux scénarios d’Hollywood.

Télex

Make activity great again. L’indicateur d’activité aux Etats-Unis, le PMI composite, dans son estimation avancée pour le mois d’octobre, bondit de 54,3 à 55,5. En hausse constante depuis avril, il retrouve un niveau inédit depuis plus d’un an.

Help ! A l’inverse des Etats-Unis, l’indicateur d’activité économique globale en zone euro, le PMI composite, dans son estimation avancée pour le mois d’octobre, baisse. Il passe du niveau déjà faible de 50,4 à 49,4, en recul constant depuis fin juillet.

13 fois. La première émission d’obligations de la Commission Européenne a été sursouscrite 13 fois ! Les 17 milliards d’obligations européennes, dites « sociales », se sont écoulées à un taux quasiment nul sur 10 et 20 ans. Par certains côtés au moins, l’Europe est un succès ! Mais pas forcément pour les épargnants…

 

Le picking de la semaine

SCHNEIDER ELECTRIC, un regain d’énergie

L’actu. L’équipementier électrique a réévalué à la hausse ses objectifs pour l’année 2020 lors de la publication des résultats du 3e trimestre, supérieurs aux attentes du marché. 

Notre analyse. Le spécialiste de la gestion d’énergie et de l’automatisation affiche une reprise au troisième trimestre 2020 marquée par une croissance organique de +1,3% malgré l’impact négatif des variations de change qui coûtent près de 4% de performance. Ce rebond est porté par le redressement des volumes notamment en Chine qui connaît une croissance à deux chiffres, ainsi que par les tendances de long terme telles que les énergies renouvelables, les véhicules électriques ou encore la digitalisation.
Ces bons résultats permettent au groupe français de rehausser ses objectifs 2020 tout en restant prudent pour le quatrième trimestre. La croissance est désormais attendue entre -5 et -7% (-7 et -10% auparavant) tandis que la marge devrait rester stable par rapport à l’an dernier et osciller entre -20 et +10 points de base en organique (-90 à -50 points de base précédemment).
Le groupe devrait ainsi atteindre 15,5% de marge opérationnelle en 2020 et 17% à moyen terme, d’autant que d’importantes acquisitions, prochainement intégrées, devraient être relutives. Le troisième trimestre a en effet été marqué par un certain nombre d’entre elles, telles que l’activité Électrique et Automatisation du groupe LARSEN & TOUBRO, celles de RIB SOFTWARE, de ProLeiT, sans oublier l’annonce du rachat d’OSIsoft par la filiale AVEVA.

Conclusion. Le marché salue le relèvement des prévisions du spécialiste des infrastructures avec une hausse de l’action de 2,25% le jour de la publication des résultats. La hausse du titre ces dernières semaines valorise l’entreprise avec un ratio cours sur bénéfices de 23, après avoir touché un point historiquement bas en mars dernier, à 12,5.

Auteurs : Olivier de Berranger, CIO ; Alexis Bienvenu, Fund Manager

Article achevé de rédiger le 23/10/2020.
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